#Metoo : je balance la porcherie !

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Je ne sais pas si je fais bien d’écrire cet article mais je sais que j’en ai besoin aujourd’hui. Depuis quelques jours, vous avez tous pu lire sur les réseaux sociaux les hashtags #metoo #balancetonporc ou #moiaussi. Si vous viviez dans un bunker, pour résumer ; suite au WeinsteinGate qui a libéré la parole des femmes au sein d’Hollywood, on commence toutes à écrire l’un des hashtags ci-dessus pour signifier qu’on a déjà été victime de harcèlement sexuel. A un petit ou à un gros niveau. Et cette multiplication de hashtags fait peut-être -on l’espère, au moins en partie- prendre conscience aux hommes -et aux femmes- de l’ampleur du problème, mais aussi, faire changer la peur de camp.

J’avoue avoir été dubitative sur l’efficacité des hashtags. Comme prévu beaucoup trop d’histoires relatées sur Facebook ou Twitter pour pouvoir toutes les lire puisque la plupart des femmes ont vécu ce qui leur paraissait une « anecdote » parmi tant d’autres.

Et n’est-ce pas là finalement le vrai problème ? On a toutes des tonnes d’histoires à raconter qui ne tiennent pas en 140 caractères. Sauf que maintenant, les gars, on commence par  hashtaguer, mais on veut balancer. Peut-être que vous réfléchirez à deux fois avant de soulever une jupe, tripoter un nichon « sans faire exprès » ou nous dire que si l’on se fait belle, c’est que l’on cherche bien le coït.

Je m’excuse par avance de mon style familier et parfois fleuri mais je trouve que parfois les gros mots sont absolument nécessaires et imagent beaucoup mieux une idée et une émotion que de tourner autour du pot avec un vocabulaire châtié.

J’aimerais que la peur change de camp lorsque je me balade dans la rue (en jogging et sans maquillage, mais pourquoi ai-je besoin de le préciser ?) et que des mecs me sifflent et me collent et me suivent en me disant que je suis « bonne » et que quand je leur balance un « Foutez moi la paix », ils me balance un « Tu t’es vue le corbeau ? Tu te crois belle avec tes cheveux noirs sale pute ? » (really ?). La dernière fois je suis retournée sur mes pas en les insultants et j’ai failli m’en prendre une. C’était des employés visiblement désoeuvrés d’une chaîne de pizzas à emporter très connue.

Je ne vous mens pas en vous disant que quand je les ai vus de l’autre bout de la rue, j’ai littéralement rasé les murs en espérant que comme je n’étais pas apprêtée, ils me laisseraient en paix, mais même pas. Mon mec était inquiet que je réagisse et que ça dégénère trop la fois suivante, mais je commence vraiment à n’en plus pouvoir de supporter ce genre de chose. Le plus triste c’est que c’est la « moindre des choses » puisque le harcèlement de rue est encore ce qu’il y a de plus banal car malheureusement trop courant.

J’aimerais que la peur change de camp quand je prends le tramway pour aller au collège. J’ai 11 ans. Il y a du monde dans la rame. Un monsieur se colle à moi. Il met sa main à plat sur mon sexe. Je panique. Je regarde autour, personne ne voit rien. Je me dis que c’est peut-être à cause de la foule. Je me decale. Il se décale et remet sa main sur mon sexe mais cette fois en resserrant ses doigts au bout comme pour l’attrapper ou rentrer un doigt. Je lève la tête. Je vois la tête de mon prédateur qui a l’air du mec de trente ans sans histoire. Je me demande si en sortant il va me violer. Je sors en courant du tramway à l’arrêt suivant et pleure toutes les larmes de mon corps avant d’arriver au collège. Je ne l’ai jamais dit à mes parents. LA HONTE. J’ai pris ce même tramway 4 ans dans la peur de recroiser mon prédateur.

J’aimerais que la peur change de camp quand j’arrive à un nouveau job, ou chez un nouveau client et que ma collègue m’annonce que l’équipe de commerciaux a déjà fait des paris sur le premier qui me mettrait dans son lit. Devant mon absence totale de réaction, elle me demande « Ca ne t’énerve pas qu’ils te prennent pour une fille facile ? ». En fait tant qu’ils font des paris et qu’ils ne me touchent pas, ça va j’ai l’habitude, on est en dessous du level habituel. J’AI L’HABITUDE QU’ON ME PRENNE POUR UNE SALOPE. Je ne sais pas si c’est la latino vibe, les gros seins, les couleurs flashy ou quoi (Bref, c’est au moins de ma faute). J’avais 20 ans et j’avais déjà l’habitude.

J’aimerais que la peur change de camp quand un vieux Monsieur m’aborde pour me demander l’heure alors que je marche dans la rue. Je la lui donne. Il me demande « C’est combien ? ». Je lui redonne l’heure (!).  « Non c’est combien pour coucher avec vous ? » »Heu mais je ne suis pas prostituée, j’allais quelque part, là, en fait ! » « Oui mais je suis très riche, je vous propose 3000 € ! » « Non mais je vous dis que je ne suis pas prostituée ! » « Oui, mais TOUTE LES FEMMES ONT UN PRIX ».  » « Casse toi vieux con ! T’as vu ta gueule ? Je ne sais pas compter jusque là ! ». (Je suis partie en courant !). « Toutes les femmes ont un prix », je t’en foutrais ! (J’ai aussi une autre variante que l’on m’a souvent sortie « Quand les femmes nous disent non, elles pensent oui ! ». Ne me demandez pas, je n’ai toujours pas intégré la logique.)

J’aimerais que la peur change de camp quand un collègue à mon nouveau travail qui était jusque là super sympa et super marié aussi, commence à me faire des avances. Du genre pas complètement directes et glauques mais clairement orientées 5 à 7. Je lui fais remarquer que je suis en couple et que lui aussi, des fois qu’il soit atteint d’amnésie ponctuelle. Il me dit qu’il sait très bien, mais que sa copine n’est pas « comme moi ». Je demande à préciser le « comme moi ». « Ben rigolote avec des belles formes, qui s’habille sexy, qui se maquille sensuelle, tout ça quoi ! Mais t’inquiètes pas on reste avec nos conjoints, c’est juste pour le fun ! ». BEN VOYONS. On traduit ? « Ma nana est une peu coincée du fion alors je cherche une bonne grosse chaudasse pour me vider les bourses et toi tu m’as l’air de pouvoir faire l’affaire ! ». FUCK OFF.

J’aimerais que la peur change de camp quand mon patron (bureau de France) invite son propre patron (à l’international) et me demande d’aller le chercher à l’aéroport, puis de l’accompagner à la fashion week. Après cette journée à la fashionweek, nous sommes invités à un « after », où il ne se passe, ma foi, pas grand chose. Mon patron a cependant cru bon de dire à son big boss que je dansais (la salsa) et que ce serait de bon goût de danser avec big boss tout de suite. Je prétexte que c’est de la house et que ça ne se danse pas vraiment à deux. Je sens que je n’ai pas trop le choix et je vais me dandiner maladroitement sur un (mauvais) morceau avec un vieux monsieur que je n’avais jamais vu avant. J’étais moyennement à l’aise car je sentais qu’on cherchait à lui fournir une prestation que je n’étais pas vraiment capable de donner. Au bout de 30 secondes, le big boss me met les mains sur les seins. Genre franco, pas de malentendu, il t’empoigne ça comme si c’était normal. POUÊT-POUÊT. Je lui retourne une baffe. Il s’arrête. Me regarde très surpris et ne se dégonfle pas et rechope mes seins. Je lui remets une tarte et quitte la piste de danse et demande à me faire ramener chez moi par mon patron.

Le lendemain matin j’ai passé un savon à mon patron pour m’avoir mise dans une telle situation et surtout pour ne pas avoir réagi. « On est en France ici, il n’est personne pour moi, c’est compris ? ». « Oui. ». A cette seconde, c’était surtout compris que je ne voulais même pas coucher avec les gens importants pour le SMIC donc comme je ne faisais pas d’efforts, j’ai été mise au placard et dénigrée comme la pire des feignasses par mon patron -qui jusque là m’encensait- jusqu’à ce que je décide d’aller voir ailleurs si il y était (et heureusement, il n’y était pas).

J’aimerais que la peur change de camp quand je rejoins mon père, qui est rarement à Paris, à l’un de ses rendez-vous professionnels. Il travaille dans la musique et ce que je peux dire de ce milieu c’est que parfois les personnes mises en lumière resteraient sûrement célibataires toutes leur vie si ils n’avaient pas les feux des projecteurs et surtout beaucoup de pognon. C’est là que, convaincu de son sex-appeal, le « rendez-vous » de mon papa commence à me faire des propositions ambigues DEVANT MON PERE du genre qu’il pense être subtil mais qu’il ne l’est vraiment pas (n’importe qui ayant déjà fait une explication de texte aurait bien traduit « Viens sur mes genoux toute nue mon petit »). Mon père, gêné et certainement un peu surpris, essaye de dévier la conversation.

Le mec insiste un peu, il me présente limite ça comme un truc innocent, une chance, une promotion dans ma vie quoi ! Evidemment, comme Weinstein, il n’évoque rien de très précis, hein, il joue sur le doute. C’est pratique parce que tu n’as pas l’impression de pouvoir vraiment dire non ou de t’énerver. Du genre il te donne une rendez-vous innocent sur le papier, mais si tu vas au rendez-vous, il va te dire que si tu es venue, c’est que tu savais que ça n’était pas pour enfiler des perles…. Je me crispe. C’est difficile de ne pas lire mes émotions sur mon visage. A ce moment là, je ne sais pas si j’hallucine de ce qu’il ose me dire devant mon père, ou que mon père ne lui ait pas encore mis son poing dans la tronche, ou si je suis complètement drama queen et que le mec ne faisait aucune allusion salace, mais alors que voulait-il dire ?

Voilà un autre problème, c’est quand tu as le doute que ça vienne de toi. Je crois toujours avoir mal compris, au début, mais non. Mettez des stops à tous ces gros porcs dès la première ambiguité ! On s’en fout de leur barratin d’après « Oh non ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, je suis marié, tu ne m’intéresses pas du tout ». Ouais on s’en fout. Arrêtez les NET, dès que vous ne les sentez pas, parce qu’en fait personne ne le fera pour nous.

J’aimerais que la peur change de camp lorsque je rentre chez moi en bout de ligne, et qu’un mec assez jeune qui a l’air un peu étrange me fixe bizarrement. Le métro se vide, il me fixe toujours, mais reste assis. Et puis pour ne pas l’encourager, je baisse les yeux. Et là, je m’aperçois qu’il est en train de se masturber dans le plus grand des calmes. En me fixant. A moins d’un mètre de moi. Je sors du métro en courant et je suis soulagée de ne pas le voir me suivre. C’est dans les escaliers qu’il me rattrappe et me dit : « Je sais que tu m’as vu, mais je ne pouvais pas m’empêcher tu étais trop bonne. Tu veux aller boire un verre ? » (WHATTTT ? Bonne idée, j’attendais justement qu’un taré qui se masturbe sur moi en public me propose un jus pressé !). Par chance il ne m’a pas suivie jusqu’à chez moi, mais j’en ai vomi de honte, de peur, de dégoût.

Enfin, j’aimerais que la peur change de camp quand je cherche mon chemin dans le 16ème et qu’un monsieur en costume, sortant visiblement d’un lieu de culte, me propose de m’aider car il va « dans cette direction ». Je le suis dans une petite rue perpendiculaire vers le métro Passy et il me tape la discute. Il a l’air normal, je ne m’imagine pas ce qu’il va se passer.

Une fois bien isolés de l’agitation et seuls dans une rue étroite, le mec me saute dessus, me plaque contre un mur et m’arrache mon haut. Je n’ai aucune amplitude de mouvement, je suis contre le mur, je me débats, je hurle, je pleure. La peur. Le système d’alarme se met en place dans ma tête, je ne vois personne autour, je panique. A chaque fois que je le repousse, le mec revient vers moi encore plus fort. Je n’ai pas assez de force pour me libérer de lui.

J’arrête de bouger. J’ai eu ce moment, je crois, un peu comme dans les films, tu sais quand il y a une scène de viol et tu vois les yeux de la fille qui deviennent VIDES. Tu sens qu’elle est en train d’éteindre la lumière dans sa tête pour être le plus possible « absente » de l’horreur qu’elle est en train de vivre. Bref, j’ai eu ce moment où j’ai commencé, je crois à éteindre la lumière, à renoncer.  Mais j’ai tenté un dernier truc. Le mec me lèchait le visage et essayait clairement de mettre sa langue dans ma bouche. J’en ai encore des frissons (d’effroi, si il est encore utile de le préciser !). Je décide de tenter le tout pour le tout : je fais semblant d’ouvrir la bouche et de commencer à « être dans l’ambiance »…

Le mec fourre sa langue dans ma bouche et là je le mords aussi fort que possible. Il se recule en criant de douleur. C’est là, c’est mon moment ! Je me dégage de son emprise et cours vers le métro en larmes et en hurlant : « Au secours ! Aidez moi ! ». Les gens me regardent comme une pestiférée, à moitié à poil et le maquillage ayant coulé sur mon visage. Le mec me rattrappe, mais on est au niveau de la rue du métro où il y a énormément de passants. Il me tord le bras et chope mon sac. Dans mon sac il y avait mon CV avec mon adresse complète et mon numéro (je me rendais à un entretien d’embauche), et il me dit : « Je garde toutes tes infos salope, comme ça si il te venait l’idée de porter plainte, je peux te retrouver n’importe quand, t’as compris ? Et même si tu ne portais pas plainte, je te retrouverai. »

Je me débats. Il me lâche. Je cours dans le métro. Un mec me demande ce qu’il m’arrive, je crois que c’était un policier. Il m’a demandé de remonter pour identifier le mec. J’ai refusé. Il a vu que j’étais en état de choc, il a monté les escaliers en courant. Je ne sais pas trop si il comptait le trouver sans aucune descritpion ou si il cherchait des collègues en renfort. Je ne l’ai pas attendu, je ne pensais qu’à fuir le plus vite possible et aussi à remettre un tee shirt. J’avais l’impression de planer au dessus de mon corps. Le métro n’arrive pas tout de suite, je m’effondre sur les sièges pour l’attendre, toujours en larmes et en gémissant. Je m’attends à ce qu’il débarque n’importe quand sur le quai. Deux petites mémés viennent me voir et me demandent ce qu’il se passe. Je leur dis qu’un homme vient d’essayer de me violer. Elles soupirent un « Oh, les hommes ! Viens là mon petit ». Elles m’ont prises dans leurs bras et ont récité en coeur un « Notre père ». Je me suis demandé comment cette journée avait pu basculer en moins d’un quart d’heure.

Je suis rentrée chez moi, j’ai pris un sac à dos et j’ai passé 15 jours chez une amie de peur que cette ordure se pointe chez moi. Je ne l’ai heureusement jamais revu, mais je sais qu’il était en rapport avec un lieu très hype des nuits parisiennes car ses cartes de visites sont tombées de sa poche lorsque je me débattais, et j’ai tout de suite reconnu le logo.

Est-ce que j’ai porté plainte ? Jamais. Parce que j’avais peur qu’il mette ses menaces à execution, parce que j’avais peur que la police me demande « Comment j’étais habillée » (alors que j’étais habillée pour un entretien d’embauche, pas pour une soirée salsa !), j’avais peur que la police me demande si à un moment je lui avais laissé mettre sa langue dans ma bouche, non pas par ruse, mais parce que j’étais un peu consentante quand même ?

BREF. On va arrêter là pour ce que nous les femmes appelons encore « des anecdotes ». Si je vous racontais toutes les fois où j’ai eu à gérer un gros porc, il faudrait en faire un roman et ni vous ni moi n’avons le temps. Mais aujourd’hui je participe au mouvement parce que j’ai l’impression que les choses changent ou du moins qu’il y a une volonté que les choses changent et c’est déjà un premier pas. Au delà du sentiment libérateur d’en parler il y a aussi une bonne dose de colère qui m’agite à l’instant où j’écris ces lignes. Et aussi, peut-être, de réaliser certaines conséquences sur ma vie actuelle.

Alors les filles, par pitié, défendons-nous ! Si ce n’est pour nous-même au moins pour la prochaine victime, peut-être une amie, une mère, une soeur… Portons plainte et dénonçons sans crainte tous ces dégénérés, du plus « soft » (!) au plus dangereux. Et si vous n’avez pas envie de rentrer dans le détail, au moins partagez le hashtag #metoo pour que les hommes se rendent compte que ce ne sont pas des évènements isolés. Et maintenant que nous avons fait un premier pas concernant le harcèlement sexuel, j’espère que nous pourrons aussi en faire un contre les violences faites aux femmes. Ca aussi, c’est un sujet qui me fout bien les boules et sur lequel on se tait par HONTE. Je SAIS que c’est dur de parler. Je le sais parce que je ne suis plus dans le même état en ayant écrit tout cela qu’avant de l’écrire. Mais on ne règle aucun problème en faisant l’autruche.

Et les mecs biens (parce que oui, il y en a plein aussi !) : si vous ne savez plus trop où se situe la limite entre drague lourde et harcèlement, je suis tombée sur une citation de Peter White sur l’insta de ma copine mercredie que j’ai trouvé assez juste : « Si vous êtes un homme, n’abordez pas une femme en lui disant quelque chose que vous n’aimeriez pas qu’un autre homme vous dise en prison ». 

Ou si une fille à qui vous avez fait des allusions explicites vous a répondu avec hostilité ou par un NON, n’insistez pas davantage. Ou si on ne vous a pas demandé d’envoyer des photos de votre pénis, n’en envoyez pas. Et quand votre femme vous dit non, pas ce soir, c’est NON (oui, même si c’est votre femme).

Ca pourrait être un début ?

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